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06/03/2011

Parlons-en : De l’amour des mots à l’amour des hommes - LCP - 060311

 

Invités : 
François Bayrou, président du Modem, député des Pyrénées-Atlantiques 
Alain Rey, linguiste et lexicographe 
Jean-Marie Rouart, écrivain, académicien

16/09/2010

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur de ce monde..." Camus or not ?

camus.jpgOn prête cette pensée fort juste, et citée fréquemment par François Bayrou ces temps-ci, à Albert Camus. Lui doit-on réellement ? Même l'agrégé de lettres classiques qui préside le Mouvement Démocrate semble en douter, faute de références, les voici :

Dans "L'homme révolté", Camus écrit : "La logique du révolté est […] de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel."

Mais c'est dans son essai de 1944, "Sur une philosophie de l’expression", paru dans "Poésie 44" et concernant les travaux de Brice Parain sur le langage , que Camus résume ainsi l'idée profonde de Parain : "Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine qui a longtemps poursuivi Parain et qui lui a inspiré des accents si émouvants, c'est le mensonge. Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, il sait que la grande tâche de l'homme est de ne pas servir le mensonge."(1)

Cette citation est donc bien de Camus, bien que la pensée qui l'initia fut de Brice Parain, philosophe et ami d'Albert Camus.

(1) Albert Camus, Oeuvres complètes, tome I, La Pléiade, p.908

03/04/2008

Qui a dit ?

Associez les citations à leur auteur :

A/ « Aux racines du mal français, il y a que l'État peut s'occuper de tout et que, chaque fois que l'on a un problème, dans la société française, on se tourne vers l'État en disant : Monsieur État ou Madame qui servez l'État, s'il vous plait, veuillez résoudre ce problème à notre place. La France souffre d'une idée fausse de l'État et il faut que nous nous souvenions de ce qui a été depuis longtemps défini par des esprits, de grands esprits de tout premier plan : chaque fois que vous vous en remettez à un État tout-puissant, au bout du compte, vous finissez avec un État impuissant.

Eh bien, c'est la situation de notre pays. C'est la situation de notre pays, car il est impossible qu'il y ait quelque part quelqu'un d'assez intelligent, d'assez informé, d'assez capable pour décider de tout sujet à la place de 65 millions de citoyens. C'est absolument impossible. Quand bien même il existerait quelqu'un qui ait toutes ces vertus, et je crois que cela n'existe pas, il est impossible que les décisions ainsi concentrées puissent répondre de tous les besoins d'invention, d'adaptation, de situations nouvelles que nous avons à assumer. C'est impossible et c'est un drame pour la France, qu'à chaque élection les candidats se présentent en laissant croire aux citoyens qu'ils ont, dans la poche, une baguette magique qui va leur permettre de répondre à toutes les questions. L'État ne peut pas se présenter comme celui qui va tout résoudre et s'il le fait, il ment, et au bout du chemin il y a des désillusions qui vont ébranler un peu plus la société française. »

 

B/ « Je ne demande pas mieux, soyez-en sûrs, que vous ayez vraiment découvert, en dehors de nous, un être bienfaisant et inépuisable, s'appelant l'État, qui ait du pain pour toutes les bouches, du travail pour tous les bras, des capitaux pour toutes les entreprises, du crédit pour tous les projets, de l'huile pour toutes les plaies, du baume pour toutes les souffrances, des conseils pour toutes les perplexités, des solutions pour tous les doutes, des vérités pour toutes les intelligences, des distractions pour tous les ennuis, du lait pour l'enfance, du vin pour la vieillesse, qui pourvoie à tous nos besoins, prévienne tous nos désirs, satisfasse toutes nos curiosités, redresse toutes nos erreurs, toutes nos fautes, et nous dispense tous désormais de prévoyance, de prudence, de jugement, de sagacité, d'expérience, d'ordre, d'économie, de tempérance et d'activité.

Et pourquoi ne le désirerais-je pas ? Dieu me pardonne, plus j'y réfléchis, plus je trouve que la chose est commode, et il me tarde d'avoir, moi aussi, à ma portée, cette source intarissable de richesses et de lumières, ce médecin universel, ce trésor sans fond, ce conseiller infaillible que vous nommez l'État. »

 

C/ « Tout mon idéal, quelque soit le système, c’est d’étendre l’intelligence et le processus de décision jusqu’au niveau le plus bas possible. Tout système politique qui prétend être plus malin que ses citoyens est condamné à échouer, c’est pour ça que je suis libéral, partisan d’un Etat le plus léger possible, qui ne s’intéresse qu’au long terme, à l’environnement, au social, à l’éducation. »

 

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1/ Frédéric Bastiat (Economiste libéral, député des Landes - Assemblée Nationale, 1848)

2/ Steve Jobs (Chief Executive Apple - Actuel, 1984)

3/ François Bayrou (Président du Mouvement Démocrate, député des Pyrénées-Atlantiques - Congrès de Villepinte, 2007)

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[edit] réponses : A3 - B1 - C2

 

 

06:04 Publié dans A la Une, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : liberalisme, bayrou, bastiat, jobs | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

27/01/2008

Conscience et responsabilité

Ou la nécessité d’accorder, en chacun de nous :

  • l’électeur,
  • le contribuable,
  • le consommateur,
  • le testateur universel.

Cette conciliation embrasse à la fois une ambition originelle, tout comme sa quête consciente. C'est, à mon sens, la définition même de la Citoyenneté.

12:00 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : conscience, responsabilité, sangnier, citoyen, citoyennete | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

02/01/2008

L'identité, les appartenances

Nous, je

Puisque, au mépris des cultures poreuses, existent encore des absurdités aussi désuètes que des frontières entre nations, vous y devez montrer à l'un des fonctionnaires qui veillent à ces murailles, passeport ou carte d'identité. Il s'assure d'abord que la photographie d'un visage inimitable correspond à celui, singulier, qui passe devant lui, entre vos épaules. Ensuite, s'il doute, il lit vos nom, prénom, âge et sexe, notés sur l'un ou l'autre document. Il vérifie votre identité. Mais s'agit‑il vraiment de cette dernière ?

Non. Selon que vous vous appelez tel ou tel, en effet, votre nom, porté aussi bien par dix personnes ou cent mille dans le monde, ne vous désigne en aucune manière : vous appartenez seulement au sous‑ensemble de ceux et celles qui répondent à l'appel de Martin, Chang ou Gonzalez. Vous appartenez de même au sous‑ensemble de celles ou ceux dits ou dites Sarah ou Bruno. Vous rencontrez parfois, au cours de vos voyages, des prétentieux qui portent vos nom et prénom. Au moins pour cette raison d'homonymie, l'un, même associé à l'autre, ne précise votre identité en aucune manière, mais seulement une intersection de deux d'entre vos appartenances. Et, selon le sexe, vous appartenez encore à l’un des deux sous‑ensembles, mâle ou femelle, enfin à celui qui vit tant de naissances en tel lieu et en tel temps. Qui peut se vanter d'avoir seul vu le jour, là et à telle heure, telle semaine ? Votre prétendu je plonge dans des nous divers.

Confusion entre appartenance et identité

Ainsi confondons‑nous toujours appartenance et identité. Qui êtes‑vous ? En entendant cette question, vous déclinez nom et prénom, et vous y ajoutez, parfois lieu et date de naissance. Mieux encore, vous vous prétendez français, espagnol, japonais ; non, vous n'êtes pas, identiquement, tel ou tel, mais, derechef, vous appartenez à l'un ou l'autre de ces groupes, de ces nations, de ces langues, de ces cultures. De même, vous vous dites shintoïste, catholique, démocrate ou républicain; non et non, une fois encore, vous appartenez seulement à cette religion, à tel parti politique, à telle secte d'opiniâtres.

Mais qui êtes‑vous donc ? Ce verbe ouvre à des sens si vagues qu'il vaut mieux le mettre en attente ; nous y reviendrons. Dites donc votre identité. Seule réponse véridique : vous‑même et seulement vous‑même. Et cela d'autant que le principe d'identité s'énonce comme suit : P identique à P, logiciens et mathématiciens ayant coutume de le marquer par trois petites barres horizontales parallèles pour le distinguer du signe « égale » qui n'en rassemble que deux. Quant à l'appartenance, ils la désignent par un petit signe en demi‑cercle barré, qui ressemble à la lettre grecque epsilon ou à une sorte d'euro, et dont la présence montre que tel élément fait partie de tel ensemble, comme vous faites partie des Portugais, des mahométans ou de telle équipe de football. La confusion entre appartenance et identité commence donc par une grave faute de raisonnement que sanctionnerait le maître d'une classe élémentaire.

Douanes, police, Renseignements généraux, impôts...

Bien entendu, le plus souvent, vos nom et prénom suffisent à la gendarmerie pour vous repérer. Nous ne nous souvenons plus, hélas, des protestations indignées contre l'institution des papiers d'identité proférées par ceux qui refusaient, voici seulement quelques décennies, que le gouvernement les mit en carte comme les putains. L'État nazi humilia les juifs de cette manière, en les obligeant à porter sur soi et à montrer, au commandement, un tel document ; hommes et femmes dits libres s'en trouvaient exemptés, alors que les femmes et filles victimes de cette mesure devaient toutes se nommer indistinctement Sarah. Cette décision éliminait, on le voit, l'identité pour ne garder que l'appartenance.

Le repérage policier montre que cette dernière fonctionne comme une sorte d'adresse ; si la maréchaussée veut vous appréhender, il lui suffit de sonner à votre domicile, dont elle connaît le département, la ville, la rue et le numéro. Alors que vous vous posez la question: « Qui suis‑je ? », les Renseignements généraux en résolvent une tout autre : comment vous retrouver ? L'erreur de raisonnement porte sur deux disciplines distinctes : vous confondez l'ontologie et l'anthropométrie. Peut‑être même oubliez‑vous la liberté laissée par certain anonymat. Inversement, le port de cette carte protège du meurtre ; j'ai entendu dix amis africains l'envier, disant qu'au moins leur État comptait les toubabs ; s'il en manque un, on le cherche ; il devient difficile de l'éliminer.

Vie et mort

Mais la liste portée sur le passeport, la carte d'identité, plus tous les papiers administratifs, bancaires, médicaux, sans compter ceux du téléphone, du gaz et de l'électricité, n'épuise pas, et de loin, les appartenances d'une femme ou d'un homme. Apprennent‑ils une langue dite étrangère et les voilà plongés dans une communauté nouvelle, inaudible à la voisine et souvent à la leur ; pratiquent‑ils un métier, les voilà dans une entreprise, un service, une division, lancés même dans la concurrence ; un sport, les voilà dans une équipe qui, samedi prochain, va s'opposer à quelque autre ; deviennent‑ils spécialistes d'une discipline, les voilà participants d'un savoir, d'un département, d'un corporatisme ; font-ils leurs délices de l'opéra, de la danse, du piano, et ils fondent un club d'amateurs. Cette série d'appartenances s'allonge d'autant que vous jouissez du souci de vivre. Elle vous permet de partager votre expérience avec d'autres et son ouverture accroît votre accomplissement. N'hésitez donc pas, multipliez vos appartenances, vos liens s'enrichiront d'autant. Cette suite ne se clôt, vous n'achevez de tisser ce réseau que le jour de votre mort.

De nouveau, dites votre identité : à supposer qu'elle se décide comme la réunion de l'intersection de tous ces sous‑ensembles ou la somme de la série de toutes vos appartenances, vous ne la connaîtrez, nul ne la saura qu'à l'heure banale, pour vous solennelle, de votre agonie. Si et quand elle existe, elle se réduit peut-être à la somme des appartenances, mais jamais à l'une ou à l'autre d'entre elles. Aux limites de cette série ou de cette somme, existe‑t‑il un point d'accumulation en dehors de leur développement ? Ou votre identité intègre les niches où vous passâtes en votre existence, les portes que vous forçâtes, ou bien elle (une autre ?) réside toujours en quelque lieu irréductiblement extérieur à cette somme. Seule la tautologie : « moi identique à moi » ferme rigoureusement cette immanence buissonnante ou cette transcendance inaccessible. Mais la blanche transparence, l'incandescence de cette répétition n'apprend rien.

Ainsi dessinées, deux cartes tendent l'une vers l'autre : celle des appartenances court vers une complication croissante en nombre et chevauchements croisés ; celle de l'identité blanche, silencieuse et lisse, luit.

Le racisme et ses deux réductions

Or, depuis assez longtemps, savants, politiques, journalistes, régionalistes, finalement tout le monde, utilisent jusqu'à la nausée le terme identité sans y voir d'abord cette pure erreur de logique dont la dérive aboutit à une faute pire. Examinons, en effet, ce que recouvrent les expressions : identité culturelle, nationale, religieuse, masculine ou féminine, africaine, européenne ou islamique.

De scandaleuses injustices et une misère insoutenable peuvent naître de ces manières de dire et de penser. Que dit le raciste ? Il vous traite comme si votre identité s'épuisait en l'une de vos appartenances : pour lui, vous êtes noir ou mâle ou catholique ou roux. Il adore le verbe être, aussi flou que réducteur. Le racisme puise sa puissance dans une ontologie dont l'acte premier de parole réduit, ici, la personne à une catégorie ou l'individu à un collectif. Il vous cloue dans une case comme un entomologiste pique d'une aiguille tel insecte dans sa collection ; chassé, tué, traversé d'acier il incarne son espèce. Non, vous n'êtes pas musulmane, fille, protestante ou blonde, vous ne faites que partie de tel pays et de ses modes printanières, de cette religion et de ses rites ou d'un sexe et de ses rôles mouvants. Autant l'identité, logique, détermine une rigueur, autant les appartenances tombent et flottent comme le temps, le hasard et la nécessité. De là fondent sur le monde tant de malheurs qu'il vaut mieux redresser cette erreur qui vire vite au crime.

Le racisme peut se définir par la réduction qu'il opère entre la relation d'appartenance et le principe d'identité. N'usez plus de ce terme, si répandu quand il s'agit de culture, de langue ou de sexe, puisque la faute de logique y devient un crime social et politique. Le raciste ramène le je à un nous. Qui n'a expérimenté que cette simple erreur de langue cache une tentative de mise à mort ?

Réputez donc définitivement racistes les expressions : identité culturelle, sexuelle, religieuse, nationale, si fréquentes aujourd'hui.

Éthique: inclusion et exclusion

À ces éléments d'ordre logique et sociopolitique, répondent maintenant, des choses aussi simplissimes en éthique. L'appartenance, on le dit peu, implique, en effet, une libido singulière et des pulsions plus brûlantes que celles dites du corps et de l'esprit, attachements qui flambent aux attitudes méprisantes, pendant les discussions acharnées, à la guerre, où chacun défend moins son identité, voire ses idées, que la colle de son collectif, de sa secte ou corporation. Ces délectations maladives trouvent parfois leurs soins (les doctes disent « catharsis ») dans les travées des stades où l'on joue au football ; mieux vaut certes, assister en hurlant à la victoire des Bleus contre les Verts au nombre de tirs au but qui ne tuent jamais personne, en attendant une autre compétition pour une coupe en fer blanc où le résultat s'inversera, que d'enterrer cent mille morts inutiles au soir d'une bataille de mon pays contre le tien. Cette concupiscence terrifiante de l'appartenance, d'où vient peut‑être tout le mal du monde, s'exprime en une règle, universelle, quoique non dite, de conduite: « Aimez‑vous les uns les autres », exclusive à l'intérieur, excluante vers l'extérieur. L'appartenance, alors, répète encore le verbe être : celui‑ci est des nôtres. J'ai parlé d'un sous‑ensemble et le voilà clos.

Si tel individu appartient à ce sous‑ensemble, cela suppose qu'il existe, au moins, un autre individu qui ne lui appartient pas ; de fait ou de force, nous expulserons celui‑là hors nos murs, si d'aventure il en franchit la clôture. Hors cette limite que l'appartenance dessine, cet autre ne peut bénéficier des mêmes bienfaits : l'inclusion implique et explique l'exclusion. Ainsi certaines bêtes pratiquent le meurtre extraspécifique. La question porte sur l'Autre. Puisqu'elle ne fait qu'appliquer le moi sur le moi, l'identité exprimée en rigueur reste innocente de cette exclusion ; mais l'appartenance ou collage du moi dans le nous rejette les autres de cette inclusion.

La libido d'appartenance : exercices

Avec, pour moteur, cette libido propre et déchaînée. Tout le mal du monde vient‑il de l'appartenance ? J'ai tendance à le penser. Il rôde en ces limites, fermeture et définition, découle des comparaisons et des rivalités qu'elles suscitent, soulevé par la chaleur de cette libido.

Puissiez‑vous, une fois par jour, pour la refroidir, oublier votre culture, votre langue, votre nation, votre lieu de séjour, l'équipe de football de votre village, même votre sexe et votre religion, bref l'épaisseur de vos clôtures. Les femmes changent bien de nom, passé le mariage, les voyageurs d'adresse et les émigrés de passeport. Traduisez quelque mot étranger, trahissez le dialecte aisé en votre bouche, songez que celui que l'on accuse de traîtrise traverse, au sens littéral (tra‑ducit), une frontière, se déplace tout simplement, et qu'importateur ou exportateur, il donne, à travers cette barrière (trans‑dare). Appelez plutôt ce traître un échangeur. Bénissez les traducteurs. Femmes, épousez l'ennemi de votre frère. Si vous habitez à l'ombre d'un clocher modeste ou d'une cathédrale, regardez‑les une fois le jour, à midi par exemple, comme une ziggourat, une pyramide, une mosquée ou comme une pagode sans ombre. Bienheureuses religions dont le récit fondateur ne déifie pas la terre propre, mais au contraire en bénit une tout autre, lointaine, dite sainte et tellement inaccessible que celle sur laquelle se développe la vie réelle devient vallée de larmes et lieu d'exil. D'où sommes‑nous ? De nulle part, d'ailleurs, de la transcendance. Exerçons ‑nous, enfin, en cette heure de lumière, à travestir notre ami en Persan et voir nos bêtes dragonnesques comme des princesses bien‑aimées qui appellent au secours. Puissions‑nous, de temps en temps, oublier nos appartenances. Notre identité y gagne. Avec, en prime, la paix.

Un aveu d'identité: tout inné, tout acquis

J'aime que le principe de l'identité se réduise à une tautologie vide, l'ontologie qui la supporte s'annulant de ce coup. Mon visage prend la forme d'un rond blanc, mon corps d’un manteau candide. Portrait sans traits, cire plastique à loisir. La carte peuplée se projette alors sur la carte blanche, toutes choses autres s'imprimant sur une telle incandescence : la beauté de telle amie, la laideur des villes des États‑Unis, l'étincelant Sahara, les Andes transcendantes, les courants du détroit de Baffin aux icebergs à la queue leu leu, les volcans triangulaires du Japon, brigands et saints, humbles et rois, grutiers, laboureurs, putains, ministres, tueurs au pouvoir et amoureux secrets de l'amour, savoirs et musiques. Écho bruissant de mille voix, lumière blanche à dix couleurs.

J'aime que les philosophes sensualistes, au siècle des lumières blanches, aient plongé le moi en cette cire vierge. Le monde s’y envisage et s'y dévisage à loisir, les autres y tiennent un infini entretien. En mon corps, mon âme et mon entendement‑palimpseste, mille textes et dessins se donnent rendez‑vous, pesamment surchargés, oubliés prestement, mémorisés, se chevauchant, effacés sans cesse et cependant toujours repeints et récrits en sillons remodelés. Toutes choses écrites sur cette absence ; ou : personne plus les autres ; voilà le moi. Ego nemo et alii.

Identité, vacuité, virginité. De ce vide surgit tout remplissement possible. Le plérome ou plénitude a besoin de vacance. Une vierge devient mère qui redevient vierge passé sa maternité. Presque tous les vivants, plantes, bêtes, champignons, naissent doués, ne connaissent que leur donné, marqués, munis de limites raides résistant à l'apprentissage, pour tout dire programmés, innés. Pour nous humains, tout s'acquiert, je viens de le dire, comme traces sur la cire ou couleurs dans l'incolore. Mais notre identité native comporte justement cette possibilité de tout acquérir; donnée au départ voilà une omnipotence, une totipotence, au sens où tout dort en puissance. Nous voilà universellement doués, par cette blancheur elle‑même, innée.

Il n'y a pas de discussion ni de contradiction ni même de proportion entre l'acquis et l'inné, entre les deux cartes dont je parle : tout inné, tout acquis, cette étrange addition forme l'Homme.

01/12/2007

La maison du berger

1dbf8b6ae5ad9a6ecfdb0dbcefdb384b.jpg"Dans la multiple rencontre
faisons à tout sa part,
afin que l'ordre se montre
parmi les propos du hasard.

Tout autour veut qu'on l'écoute -,
écoutons jusqu'au bout ;
car le verger et la route
c'est toujours nous !"

 

Rilke

22/10/2007

Peut-on faire un parallèle entre la Révolution française et la création du Mouvement Démocrate ?

dc6c4d93c0d713b75de14f892aab04c4.jpgA en croire certains argumentaires, oui. Où l'on adapte Sieyès : « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? A être quelque chose ».

Aujourd’hui, les adhérents du MoDem ne disent pas autre chose : « Que sont les adhérents MoDem ? Tout. Qu’ont-ils été jusqu’à présent dans le MoDem ? Rien. Que demandent-ils ? A être quelque chose ».

En lisant ceci, je me dis que le parallèle est justifié. Non qu'il devrait l'être, qu'il a raison de l'être, mais il l'est.

Pour moi, il ne devrait pas l'être, car comparer le Tiers-Etat et l'état d'adhérent au MoDem est abusif voire usurpatoire. Etre adhérent à un mouvement politique, c'est adhérer à des valeurs, un projet et à un programme pour les réaliser, ce qui est l'essence du processus politique. Ce qui implique que l'idée préexiste à l'adhésion. Il faut bien que l'idée existe pour y adhérer. L'idée du Mouvement Démocrate, c'est le projet d'espoir de François Bayrou et il est bien évident qu'il préexiste à notre engagement. Et tout le monde est libre d'y adhérer ou pas.

Nous adhérons, ou pas, en toute liberté, conscience et responsabilité.

Ce n'est pas du tout le cas du Tiers-Etat. Là où le Tiers-Etat constitue la quasi intégralité du corps politique, prisonnier, asservi au contrat social, nous, adhérents, sommes libres, citoyens parmi d'autres, parce que nous l'avons choisi. Que nous soyons 10, 100 ou 100.000, l'idée que nous portons existe en dehors de nous, et ce n'est pas le nombre qui fait qu'elle est juste, bonne ou vraie.

Donc, là où le Tiers-Etat est effectivement tout, le libre engagement politique voudrait que ce ne soit pas nous, adhérents, qui soyons tout, mais l'idée à laquelle nous adhérons. C'est en tout cas ma conception de l'engagement politique. En tant qu'homme libre, je me bats pour des idées auxquelles je crois, pas pour des idées de quelque majorité qu'elle émane.

C'est pourquoi je ne crois pas que l'adhérent soit la base d'un mouvement politique. Parce que si l'adhérent est la base, cela veut dire que la majorité des adhérents est la base. Et les majorités, ça va, ça vient, au gré des vents. Le pire, c'est que je crois que ceux qui ne pensent pas comme moi, ceux pour qui l'adhérent est la base, ne sont pas différents de moi : ils se battent aussi pour des idées auxquelles ils croient, et ils ne se battront pas pour des idées majoritaires si ce ne sont pas les leurs. La preuve, c'est qu'ils menacent de quitter le mouvement si les statuts approuvés démocratiquement ne leur convenaient pas. Ils ont un raisonnement paradoxal et n'en tirent pas les conséquences, ce qui est dommage.

J'ajouterais que c'est parce que l'idée est la base que le PC, puis le PS sont morts. Parce que leurs idées sont mortes, et le nombre d'adhérents n'y changera rien.

Je poursuis le parallèle à Sieyès : "Qu’ont été les adhérents jusqu’à présent dans le MoDem ? Rien.

Je dirais encore que c'est une question de point de vue. Nous avons été les formidables promoteurs de notre idée pendant les campagnes électorales, et si ce n'est pas tout, ce n'est pas rien. Alors si l'on dit rien, ne serait-ce pas plutôt le ressentiment d'un manque de reconnaissance ? Que valons-nous ? Faisons les comptes. Que demandons-nous ?

Et pour finir, donc : "Que demandent-ils ? A être quelque chose."

Sans doute, et c'est bien légitime. Aussi le Tiers-Etat le demandait-il. Et c'était tout l'esprit de 1789. Etre quelque chose. Et puis certains, au fil des mois, se sont levés et ont crié plus fort : "nous, Tiers-Etat, sommes tout, nous ne voulons pas être quelque chose, nous voulons être tout". Il s'ensuivit la Terreur et la faillite de la révolution française, la chute de ses idéaux au rythme de celle des têtes.

Alors, que penser de ceux du MoDem qui demandent à être quelque chose et qui prétendent par ailleurs être tout ? La dérive révolutionnaire qui trahit Sieyès dans le texte est-elle à l'oeuvre au sein du Mouvement Démocrate ?

Il me faut souhaiter que non, car après l'appel de la démocratie de 1789, l'Assemblée Constituante de 1791, la prochaine étape parallèle voudrait que l'on réclame la tête de François Bayrou lui-même, et je sens déjà poindre cette idée au fond de certains raisonnements.

Alors que dire à ces têtes qui raisonnent ? Qu’elles tomberont à leur tour et que le Mouvement Démocrate s’éteindra inéluctablement comme la révolution française ? Ils ne le comprendraient pas ni ne le concevraient, car ils parlent au nom du peuple et celui-ci est infaillible. Il ne peut errer. Il a raison par nature. Pourtant…

Si le peuple est souverain, il n’en est pas moins sujet, son propre sujet, c’est sa paradoxale condition et ce sera son triste destin s’il ne s’affranchit de lui-même. C’est tout l’enjeu de la démocratie dans sa forme supérieure : le peuple se protégeant aussi de lui-même. Et nous sommes en train, à la manière de nos plus zélés révolutionnaires, de passer complètement à côté.

11/10/2007

Démocraties

Tout le monde connaît le mot de Churchill : "La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres..." En tout cas, si on ne le connaissait pas, on le fait volontiers sien. Il nous parait si juste et profond qu'il nous semble indépassable. Et nous en serions presque amusés de résignation...

Tant et si bien que l'on finit par ne plus émettre la moindre critique à l'égard de la démocratie, qu'il nous semble vain d'en étudier les mécanismes et les paradoxes, "puisqu'il n'y en a pas de meilleur". Ainsi, nous procédons aux votes, fêtons la victoire, acceptons la défaite, et le pouvoir passe de mains en mains, sans sanglantes révolutions.

C'est là, une grande qualité du processus démocratique. Plus de sanglantes révolutions. Mais, il y a aussi des paix sanglantes ou de larmes, au moins.

e807f2f736b5ff1057d71bbbc7d4637a.jpgCar il y a un autre mot, de Benjamin Franklin celui-là, qui dit : "la démocratie, c'est : deux loups et un agneau qui votent pour savoir ce qu'il vont manger au dîner", et qui n'apparaît pas moins vrai. C'est "La tyrannie de la majorité" de Tocqueville (1835). Et c'est, bien avant, le droit de "résistance à l'oppression" de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, droit qui disparaîtra dans la déclaration de 1795, où l'inspiration libérale de John Locke laissera place à la conception républicaine "rousseauiste" de la volonté générale "qui ne peut errer" et donc à laquelle on ne peut légitimement se soustraire.

75da700f2454204e4508a535992f2850.jpgC'est bien le "Législateur" de J.J. Rousseau, issu de la volonté générale, en fait majoritaire, du Peuple souverain, qui agit dans l'intérêt général du même peuple souverain, au nom de tout le peuple souverain.

Ainsi naît un puissant clivage entre les conceptions libérales et républicaines de la démocratie.

Où l'une proclame les droits individuels au dessus de la volonté générale, l'autre proclame cette dernière infaillible. Où l'une s'accommode d'une monarchie constitutionnelle, l'autre contient les prémisses du socialisme (au sens de la doctrine).

Depuis lors, en France, nous croyons en cette conception républicaine. En tout cas, nous voulons y croire. Nicolas Sarkozy est bien le président de tous les français. Il le dit. C'est écrit dans la Constitution. Le gouvernement travaille à l'intérêt général. Pas comme nous l'aurions fait, certes, mais nous voulons le croire. François Mitterrand, en son temps, les gouvernements de gauche, pareil...

Qui oserait penser que la majorité ne pourrait éventuellement gouverner que dans l'intérêt de la majorité ? Qui irait même soupçonner certains de fabriquer des majorités, à coups et coûts de "privilèges" pour conquérir ou conserver le pouvoir ? Serait-ce bien encore cela, la démocratie ?

Je m'égare.

On récapitule. Les deux avantages indiscutables de la démocratie : remise en cause pacifiée des gouvernements et protection efficace de la majorité contre une oppression par une minorité. Inconvénient : quid de la protection de la minorité contre une oppression par la majorité ?

En fait, la conception libérale de la démocratie répond ou s'efforce de répondre à cette limite par une double approche : au delà du principe majoritaire, d'une part la recherche du principe d'unanimité, et d'autre part le cloisonnement du champ démocratique (qui vote sur quoi ?). Autrement dit, la recherche d'unanimité (pas facile), des gens concernés et pas des autres (déjà plus envisageable).

En plus clair encore, la recherche du consensus entre les acteurs de la société civile, et la limitation des prérogatives d'un Etat central omnipotent. Donc, une responsabilisation des citoyens. Sachant que moins d'Etat ne signifie pas "pas de règles" ou "pas d’Etat", mais "ce n'est pas forcément à l'Etat de définir la règle", "l'Etat n'est pas nécessairement, ou par essence, compétent pour définir la règle". Par contre l’Etat est "garant de l’application de la règle".

Ainsi, le pouvoir est rendu aux citoyens dans une démocratie différente et grandement dépolitisée. Plus démocratique, car les majorités sont multiples et variées à de plus nombreux échelons de décision, ce qui fait que les minoritaires ne sont pas les mêmes partout. Ceci invitant naturellement à plus de pragmatisme que la tutelle d'un Etat tout puissant. Un Etat UMP ou un Etat PS, c’est beaucoup moins grave quand l’Etat n’est pas tout et ne décide pas de tout pour tout le monde.

Caractéristiques des sociétés libérales anglo-saxonnes et scandinaves, c'est aussi le projet d'espoir de François Bayrou, dans la lettre même.

29/09/2007

Logiques invisibles

On est homme, parce que l'on est soi et non parce que l'on est hors de soi. C'est l'homme qui fait la société et non la société qui fait l'homme. La clef de la personne se trouve là. Celle de son exil et de sa servitude aussi.

61f8c879630d3c381e5118f0aed69810.jpgL'Histoire le vérifie. Jetons un coup d'oeil sur celle-ci. Les intuitions de Rousseau et de Dostoïevski sont éclairantes.

La culture occidentale a vécu au rythme de la mort et non de la vie, puisque celle-ci se reconnaît dans deux grandes morts. La mort de Dieu et celle de l'Homme, ces deux morts caractérisant l'époque démocratique qui est la nôtre. Nous ne sommes pas simplement à l'époque de la mort de Dieu, annoncée par l'Insensé de Nietzsche dans Le Gai Savoir. Nous sommes aussi à celle de la "mort de l'Homme", annoncée par Michel Foucault.

La mort de Dieu a commencé quand le christianisme est devenu une religion d'État, à la chute de l'Empire romain, avec Théodose. Un "totalitarisme chrétien" s'est mis en place. Le Dieu mystique a été remplacé par le Dieu politique. Il est devenu extérieur et non plus intérieur. L'Etat s'est servi de lui pour faire la police, gendarmer la société en le politisant. Il en a fait une figure rationnelle et juridique, dont la présence est encore prégnante. Que de chrétiens ignorent encore le Dieu intérieur, que l'on découvre dans la liberté, leur attention étant toute tournée vers le Dieu social et moral.

On comprend dans ces conditions pourquoi la culture a connu la "mort de Dieu", à savoir la seconde mort de Dieu consistant à remplacer le Dieu politique par la religion de l'Homme. Celle-ci ayant soif d’intériorité, elle s’est tournée vers l’Homme plutôt que vers Dieu, espérant y trouver la liberté qu'elle cherchait, sans parvenir à la rencontrer. Témoin, le premier humanisme de la Renaissance, qui a été, on l'oublie trop, un humanisme mystique.

Moment bref. Il est arrivé à l'humanisme ce qui est arrivé à la religion. L'humanisme mystique a été remplacé par l'humanisme politique, tout comme le Dieu mystique a été remplacé par le Dieu politique. La seconde mort de Dieu a ainsi coïncidé avec la première mort de l'Homme.

La religion de l'Homme, au lieu d'ouvrir sur l'intériorité, a engendré le culte de l'Homme extérieur. Témoins les grandes religions politiques issues de l'Homme. La République, le Socialisme et le Communisme, le Nazisme. Si, bien évidemment, celles-ci ne se confondent point, elles ont néanmoins un trait en commun. Toutes se sont réclamées de l'Homme. Toutes ont agi pour l’Homme, en mettant en oeuvre une politique.

La religion de l'Homme débouchant sur le totalitarisme, celle-ci a connu le même sort que la religion du Dieu politique. Elle a été bousculée par la seconde mort de l'Homme. Celle que nous vivons aujourd'hui, avec l'avènement de l'individu contre l'Homme, de la Démocratie contre la République, de l'homme sans référence, sans religion de Dieu ou de l'Homme.

Moment singulier. Crépuscule des idoles, mais aussi explosion d'un sacré sauvage, voire barbare. Du fait de la "table rase" effectuée, tout est possible. Tout a du mal à l'être, en même temps, du fait d'un individualisme nihiliste prisonnier de la violence de l'ego. D'où la violence contre Dieu et la schizophrénie d'une telle violence. On veut que Dieu ne soit pas, pour être soi. Mais on voudrait bien qu'il soit quand même un peu, afin de pouvoir lui reprocher l'état du monde.

Dire non à Dieu n'est pas difficile. Dire oui au tragique et à l'absurde est une autre affaire.

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13/09/2007

"Le Grand Récit"

Je recommande à tous la lecture du "Grand Récit", une suite de quatre ouvrages de Michel Serres, académicien, philosophe et historien des sciences, intitulés Hominescence, L'Incandescent, Rameaux et Récits d'Humanisme.

 

A la fois profond et accessible, cet essai nous permet de réenvisager de façon complètement neuve l’être humain du XXIe siècle que nous sommes et son avenir.

"Quoi de neuf ? Que retenir du siècle qui nous précède ? Réponses : la mort, notre corps, l’agriculture, les réseaux de communication… Dans un aveuglement qui m’étonne, nous vivons, en effet, aujourd’hui, un moment précis, léger certes mais décisif, parmi le processus qui fit de nous les hommes que nous sommes et fera de nous des hommes à construire et à définir. En cet instant même, nous bifurquons, nous entamons un segment nouveau de notre évolution. Inquiétante pour certains, cette aube en enthousiasme d’autres, car il s’agit d’un projet qui infléchit notre plus grand récit : comment et en qui nous transformer nous-mêmes ?" Michel Serres

 

Après avoir successivement étudié la communication, le corps humain et ses sens, l’instruction, les grands bouleversements de notre époque et nos rapports avec le monde, Michel Serres aborde enfin la définition même de l’homme. Ce livre, particulièrement important dans son œuvre, nous permet de mieux comprendre notre passé, notre présent et de réfléchir à l’avenir que nous choisirons. Qu’est-ce que l’homme ? Laissant toute différence qui le logerait dans une niche spécifique comme les autres vivants, il se déspécialise et devient incandescent, comme un feu transparent où miroitent toutes les couleurs. La flamme qui en émane pourra-t-elle un jour brûler nos maux ?

 

À quoi reconnaître une authentique nouveauté ? Comment décrire une naissance ? Qu’est-ce qu’un événement ? Comment sort-il du quotidien ? Y a-t-il quelque chose de commun entre l’émergence d’une idée et l’apparition d’une espèce ? Comment l’histoire humaine bifurque-t-elle ? Comme le rameau s’élance de la tige, la nouveauté émerge du "format". Et de la philosophie "père", celle des dogmes et des lois, jaillit la philosophie "fils", celle du faible et de l’inventif, de celui qui prend des risques. Rameaux nous propose une nouvelle lecture de l’histoire de la pensée en prenant soin de ne jamais distinguer entre sciences, cultures, arts et religions. Cette nouvelle grille de lecture nous aide à envisager notre époque inquiétante, à mieux comprendre la richesse de la nouveauté en marche, celle avec laquelle nous allons construire notre nouveau monde.

 

Michel Serres raconte… Il raconte ce Grand Récit que nous offre la science, et qui mène du big-bang à chacun d’entre nous… il raconte notre Histoire et sa fin, il raconte nos sociétés, nos évolutions et l‘émergence d’un homme nouveau… Il nous invite ainsi à la découverte de ces mille et uns conteurs, à l’apprentissage de leur écoute et de la nôtre, à l’apprentissage de la langue de ces mille récits et de la nôtre. Il nous invite à le suivre, à travers les mille chemins d’une navigation dont il possède les cartes et les portulans, à travers les mille lumières de l’intelligence qu’il nous fait partager. Ou comment l’un des rares philosophes contemporains à enrichir sa vision du monde d’une connaissance des humanités et des sciences, ose proposer un nouvel humanisme qui célèbre les noces des contes et du savoir.

 

12/07/2007

Conscience

Difficile à définir en dehors d'un contexte d'usage, non ?

La conscience d'un point de vue strictement psychologique ? Perdre conscience, être inconscient au sens d'avoir perdu connaissance. Ces expressions renvoient à la conscience comme à une chose qu'on possède et qu'on peut perdre.

La conscience comme la connaissance de quelque chose ? Prendre conscience de quelque chose, être conscient d'une chose, avoir conscience de telle ou telle chose, soit en soi, soit en dehors de soi. Dans ces expressions, avoir conscience signifie connaître ou penser.

La conscience comme conscience morale ? Avoir mauvaise conscience, avoir un problème ou un cas de conscience, agir en son âme et conscience, être consciencieux, avoir la conscience tranquille. Et dans le même ordre d'idée, être inconscient, c'est-à-dire agir au mépris de la prudence, dans l'ignorance des risques qu'on court ou fait courir aux autres.

A y regarder de plus près, les deux premiers usages renvoient au même concept : ce qu'on perd et reprend avec la conscience, c'est le "sentiment" d'une présence immédiate à soi et au monde, le sentiment confus mais fort que nous sommes, que nous existons et que nous sommes au monde, entouré de choses indépendantes de nous et ordonnées. Telle est la conscience sous sa forme la plus humble, la plus élémentaire : le sentiment d’une présence à soi et au monde.

Mais, reconnaissons le : avoir le sentiment d'exister au monde n'est pas exactement la même chose qu'avoir la conscience d'exister au monde : la conscience n'est pas un sentiment, elle est à la fois plus et autre chose qu'un sentiment. Dans le sentiment d'exister au monde, cette double présence, celle de soi et celle du monde, s’éprouve, se ressent, se vit, mais elle n’est pas encore consciente au sens strict.

Un être doué de conscience, c'est plutôt un être qui se SAIT exister au monde. Qu'est-ce que cela signifie ? Qu'un être doué de conscience est conscient de sa propre existence et de l'existence du monde au sens où il sait qu'il existe au monde. Ou, inversement, que savoir qu'on existe ainsi que savoir qu'il existe un monde, c'est avoir conscience de soi et conscience d'objets en dehors de soi.

La conscience de la conscience, en quelque sorte.

En fait, le sujet est vaste, passionnant, et plus récent qu’on ne pourrait le croire dans l’histoire des idées. Par exemple, le concept de conscience était inconnu sous l’Antiquité. Tout au plus, chez les romains, se limitait-il précisément au troisième usage cité plus haut, c’est à dire à la notion de morale. De même le vijñana bouddhique se limite-t-il au phénomène psychique, en dehors de tout rapport au moi subjectif.

3d68c6e134345f0f8acbcd93c5f4c33b.jpgEn fait, le concept moderne de conscience n’apparaît qu’au XVIIe siècle sous la plume du philosophe humaniste (bien qu’anglais, je plaisante) John Locke, dans son "Essai sur l’entendement humain" (1689). Il définit ainsi la personne : 

"... un être pensant et intelligent doué de raison et de réflexion, et qui peut se considérer soi-même comme une même chose pensante en différents temps et lieux. Ce qui provient uniquement de cette conscience (consciousness) qui est inséparable de la pensée, et qui lui est essentiel à ce qu'il me semble : car il est impossible à quelqu'un de percevoir sans aussi percevoir qu'il perçoit."

L'identité personnelle est fondée sur la continuité de la conscience dans le temps, et cette conscience constitue l'identité qui, au moyen de la mémoire, se maintient dans le temps et nous permet de nous reconnaître nous-mêmes comme étant les mêmes. 

Et ce n’est que le début… voir, dans le désordre, Descartes, Hume, Spinoza, Kant, Leibniz, Bergson, etc…

J’adresserai deux remarques : cliquez sur le lien sur John Locke ci-dessus et vous découvrirez des éléments connexes intéressants. L’autre remarque en forme de boutade :

Le test du miroir est un moyen de mesurer la conscience de soi développé par l'Américain Gordon G. Gallup dans les années 1970.

En éthologie cognitive, ce test permet d'évaluer la conscience de soi en permettant de déterminer si un animal est capable de reconnaître son propre reflet dans un miroir comme étant une image de lui-même. Il consiste à placer subrepticement sur la tête de l'animal une marque colorée ne produisant pas d'odeur puis à observer si l'animal réagit d'une façon indiquant qu'il est conscient que la tache est placée sur son propre corps. Un tel comportement peut prendre la forme d'un déplacement ou d'une flexion pour mieux observer la marque ou encore, de façon bien plus évidente, celle d'un tâtonnement de soi avec une main pour essayer de l'atteindre tout en se servant du miroir.

Les animaux qui ont réussi le test du miroir sont les chimpanzés, les bonobos, les orang-outans, les dauphins, les éléphants et les humains. De façon assez surprenante, les gorilles échouent. Les enfants sont susceptibles de réussir le test à partir de deux, trois ou quatre ans d'âge. Les chiens et les bébés humains réagissent au miroir en manifestant de la peur ou de la curiosité mais peuvent également l'ignorer complètement, lui comme la tache. Les oiseaux vont jusqu'à attaquer leurs propres reflets !

Je me demande ce qu’il en est des députés du Nouveau Centre ?

02:55 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, modem, conscience | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/05/2007

Fondation

bd48698e36e87948f8c9c72a17216afe.jpgL'Amicus Curiae est, traditionnellement en droit, une contribution versée spontanément au débat par un tiers à une cause qui entend éclairer le décideur en tant qu'"ami de la cour".

14:50 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amicus, curiae, modem, mouvement democrate | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook